Pensée du mois

Les pensées d’un criminel…

Brigand

Personne ne gardera un bon souvenir de moi. Tous se réjouissent plutôt de ma disparition. Mon compagnon de malheur, avec moi condamné, se débat comme un fauve pris au piège. Il vomit sa haine contre le monde entier. Il se moque du Nazaréen. Mais le cynisme cache mal son désespoir. Puisque nous nous étions arrogés tous les droits, n’est-ce pas de notre seule faute si nous en sommes là ?

Nous avions voulu nous faire les maîtres de nos existences, sans loi ni Dieu à qui nous fier et rendre des comptes. Nous nous croyions hors d’atteinte et tout-puissants mais nous n’avons fait que détruire.

Nous avons cru que la haine serait notre force. Elle n’a fait que nous isoler toujours plus. Le mal s’est joué de nous. Nous avons perdu et notre mort est infâme.

Nous savions ce que nous risquions, nous avons le châtiment qui nous hantait. Pour se rapprocher des autres et vivre en humain, c’est de la patience et de la douceur qu’il aurait fallu prendre le chemin, comme Jésus. Il console ses compagnons et intercède pour ses ennemis. D’où lui vient cette force ?

Enfin quelqu’un qui n’a pas peur de moi et qui ne se réjouit pas de ma mort ! Il ouvre la prison de haine où je m’étais perdu. Il comprend mon appel et se laisse toucher par ma détresse. Je compte pour lui, je ne suis plus seul. Il m’assure que ma fin n’est pas le châtiment de Dieu pour mes fautes.

Il est épuisé et pourtant plus fort que la violence de ses bourreaux ! Je vais le regarder jusqu’au bout. Il me rend la paix. Je peux tout lui demander, tout lui confier. Même la mort il l’accueille comme un don de Dieu, Dieu ne me le refusera pas non plus. Ce sera le chemin pour le retrouver bientôt dans son Royaume.

LE BRIGAND CRUCIFIÉ